La technologie du bitcoin pourrait-elle révolutionner le milieu du développement ?

​​​La chaîne de blocs, la technologie derrière le bitcoin, pourrait mener la lutte contre l’inefficacité de la distribution de l’aide humanitaire. Voici comment.​​​

 

L’utilisation de la chaîne de blocs pourrait permettre aux organisations de l’ONU d’améliorer l’efficacité de leurs activités de développement. ​© UNOPS​/John Rae​

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Par Yoshiyuki Yamamoto | 28 novembre 2017

Lorsque je travaillais en Afghanistan, un hôpital à Kaboul avait désespérément besoin d’un générateur, au point que sa direction avait sollicité l’aide de multiples agences de l’ONU. Il a reçu cinq générateurs. 

Bien que les besoins de l’hôpital aient été satisfaits, ce chevauchement a tout simplement eu pour conséquence un gaspillage de ressources. Ce genre de scénario est courant : tous les secteurs humanitaires et du développement sont concernés. 

Cependant, un tel chevauchement n’est pas la seule cause de gaspillage de ressources. En effet, de nombreuses sources d’inefficacité font partie intégrante des multiples niveaux du système de financement de l’aide humanitaire. 

À commencer par les contribuables des pays donateurs, les fonds destinés à l’aide humanitaire passent entre de nombreuses mains, d’une institution à l’autre. Chaque niveau signifie des coûts supplémentaires et des exigences additionnelles en termes de rapports, en plus de retarder l’obtention de résultats.


 

Des chaînes de blocs pour le développement ?

Faire en sorte que la plus grande quantité possible d’aide humanitaire atteigne rapidement ceux qui en ont vraiment besoin n’est pas un défi récent, mais une nouvelle solution voit le jour. Nous pourrions utiliser la technologie derrière le bitcoin : la chaîne de blocs (ou la technologie décentralisée de registre des transactions).

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La nature non modifiable des chaînes de blocs rend pratiquement
​impossible l’altération des registres.  

La chaîne de blocs est un mécanisme décentralisé poste-à-poste (peer-to-peer) programmé pour enregistrer pratiquement tout ce qui peut avoir une valeur, de manière sécurisée et sans intermédiaire. Une fois que les informations ont été saisies, elles ne peuvent être modifiées par aucune des parties.


 

Améliorer la collaboration, accroître la transparence

En soi, le simple fait que toutes les transactions dans les chaînes de blocs sont enregistrées signifie que cette technologie peut accroître la transparence. Il s’agit d’un aspect essentiel pour de nombreux gouvernements donateurs, à la fois pour prendre des décisions éclairées dans l’allocation des fonds de l’aide publique au développement et pour bénéficier d’un appui national dans leurs activités de développement.

Encore plus important est le fait que cette technologie possède un potentiel très attrayant pour la coordination des efforts humanitaires mondiaux et la mise en place d’un système d’aide plus efficace. 

Si différentes organisations humanitaires ont accès à un tel registre des transactions, elles sauront plus facilement où et comment est distribuée l’aide. Disposer de ces informations leur permettrait de collaborer afin d’éviter le chevauchement ainsi que les pertes de temps et de ressources.


Lutter contre la corruption

Bien entendu, l’inefficacité n’est pas la seule source de gaspillage des ressources. Parfois, l’éternel problème de la corruption est à blâmer, mais ici aussi, la chaîne de blocs peut représenter une solution. La nature non modifiable des chaînes de blocs rend pratiquement impossible l’altération des registres. 

Du détournement de fonds aux demandes de pots-de-vin ou à la réallocation de la totalité de certains fonds, la capacité de tous les utilisateurs d’une chaîne de blocs à suivre la trace d’une transaction du début à la fin rend presque impossible un grand nombre des formes les plus communes de corruption.

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​Même si la technologie de la chaîne de blocs en est toujours qu’à ses débuts, elle gagne rapidement en popularité au sein de l’ONU car les bénéfices potentiels qu’elle présente dépassent largement les risques.

L’anonymat peut être maintenu, ce qui n’est pas nouveau dans la mesure où la majorité des devises utilisées aujourd’hui ne permettent pas de connaître les noms de leurs utilisateurs. La différence avec les transactions traditionnelles est qu’avec les chaînes de blocs, les données privées de l’utilisateur individuel sont mieux protégées de l’intervention d’une tierce partie, qu’il s’agisse d’une autorité centrale, d’une banque ou d’un groupe criminel. Cependant, l’adaptation à un monde basé sur les chaînes de blocs nécessite l’établissement d’un nouveau cadre réglementaire par les autorités compétentes. 

Même si la technologie de la chaîne de blocs en est toujours qu’à ses débuts, elle gagne rapidement en popularité au sein de l’ONU car les bénéfices potentiels qu’elle présente dépassent largement les risques. 

Le développement et l’essai de différentes applications ont déjà commencé. Par exemple, de l’aide en espèces est envoyée sous forme de bons de monnaie cryptographique à 10 000 réfugiés syriens afin qu’ils puissent acheter de la nourriture localement dans le cadre d’un projet-pilote de grande envergure du Programme alimentaire mondial. Plus de 15 autres agences de l’ONU explorent actuellement la possibilité d’avoir recours à la technologie de la chaîne de blocs. 

En résumé, la chaîne de blocs pourrait non seulement renforcer l’efficacité de la distribution de l’aide, mais également changer et améliorer la manière dont nous abordons l’aide internationale.

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À propos de l’auteur

Yoshiyuki Yamamoto occupe le poste de conseiller spécial en matière de technologie de la chaîne de blocs à l’UNOPS. Le plus haut fonctionnaire de l’ONU responsable de ces questions, il explore les possibilités d’application de la technologie de la chaîne de blocs aux activités des Nations Unies et à l’aide internationale. 

Yoshiyuki est l’ancien directeur du Centre pour la paix et la sécurité de l’UNOPS. Il possède plus de 20 ans d’expérience au sein de l'ONU, principalement dans les domaines de l’aide humanitaire et des opérations de maintien de la paix. Il a​ également occupé pendant 15 ans différents postes en Afghanistan, en Iraq, en Jordanie et au Pakistan.
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