Comment accélérer le déploiement de missions de maintien de la paix ?

Les ingénieurs sont souvent les derniers à être déployés lors de missions de maintien de la paix. Voici pourquoi cette situation doit changer.


Photo : Martin​e Perret/ONU​​​

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Par 
Andrew Reese  | 10 Avril 2017

En raison de la rapidité à laquelle elles sont déployées après l’éclatement de conflits, les troupes de maintien de la paix ne disposent souvent pas, dans les premiers temps, des infrastructures nécessaires pour mettre en œuvre leur mission et assurer leur sécurité, notamment des camps, des ponts ou des routes praticables. Cette situation est due au fait que les ingénieurs, qui sont responsables de la conception et de la construction de ces infrastructures, sont souvent les derniers à être déployés sur les lieux d’un conflit.

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En raison de la rapidité à laquelle elles sont déployées après l’éclatement
de conflits, les troupes de maintien de la paix ne disposent souvent pas,
dans les premiers temps, des infrastructures nécessaires pour mettre
en œuvre leur mission​ et assurer leur sécurité.



Étant donné les limites à la taille des effectifs des missions, le déploiement d’ingénieurs se fait souvent au détriment de celui de soldats d’infanterie. De plus, certains États membres des Nations Unies n’ont tout simplement aucun contingent d’ingénieurs à déployer.
 
Une solution pour remédier à ce problème consisterait à créer des contingents hybrides rassemblant des ingénieurs de l’armée, du secteur privé et de l’ONU, qui pourraient être déployés partout et en tout temps, et qui compléteraient le travail du personnel de maintien de la paix sans toutefois le remplacer.

Les contingents d’ingénieurs pourraient préparer le terrain pour la construction d’infrastructures destinées à l’usage d’organisations régionales et internationales, permettant ainsi au personnel de maintien de la paix de se mettre au travail beaucoup plus rapidement.
 
En outre, les membres des contingents d’ingénierie pourraient suivre des entraînements tactiques et participer à des activités de mentorat tout au long de leurs missions. Les compétences acquises leur permettraient de contribuer aux missions de maintien de la paix et d’aider les communautés locales, en plus de leur fournir une solide expertise qu’ils pourraient mettre en pratique à leur retour.

        

Une approche régionale pour accélérer les déploiements


Les prochains projets de l’ONU visant à renforcer les capacités en matière d’ingénierie devraient venir en aide aux États membres d’organisations régionales telles que l’Union africaine. Pourquoi ?
 
Les missions de maintien de la paix peuvent nécessiter jusqu’à deux ans après l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité avant de devenir pleinement opérationnelles, un très long délai en temps de conflit. En raison de facteurs géographiques et politiques, les organisations régionales telles que l’Union africaine peuvent déployer des troupes de maintien de la paix plus rapidement que leurs homologues internationales lorsqu’un conflit survient sur leur territoire. Leur déploiement peut s’effectuer presque immédiatement après le début des hostilités, mais malheureusement le personnel déployé dispose rarement de tous les outils pour accomplir efficacement ses tâches.

Par exemple, le déploiement de la Force africaine en attente par l’Union africaine lors de conflits en République centrafricaine et au Mali s’est effectué bien avant que l’ONU ne conclue les accords nécessaires avec le Conseil de sécurité et les États membres pour le déploiement de ses troupes.

Cet exemple illustre bien la nature évolutive des opérations de maintien de la paix. On assiste de plus en plus à une décentralisation de la responsabilité, qui est transférée des organisations internationales aux institutions régionales. Par conséquent, les efforts consacrés à la mise en place de contingents d’ingénieurs devraient porter avant tout sur des organisations régionales telles que l’Union africaine.


 

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Les efforts consacrés à la mise en place de contingents d’ingénieurs devraient porter avant tout sur des organisations régionales telles que l’Union africaine.




De multiples avantages à long terme

Les besoins en matière de développement d’infrastructures et de travaux de génie sont plus importants dans de nombreux pays de l’Union africaine que dans le reste du monde. La mise sur pied de contingents d’ingénierie permettrait non seulement d’accélérer les interventions dans les pays touchés par des conflits, mais aussi de développer ou de renforcer les capacités internes d’intervention en cas d’urgence ou de catastrophe.
 
Certains aspects doivent bien sûr être clarifiés avant la création des tels contingents d’ingénierie, notamment qui en assurera le financement, quels États membres devraient en être les premiers bénéficiaires, et comment garantir la disponibilité de la machinerie lourde. Sera-t-il possible d’accroître la disponibilité des stocks pour déploiement stratégique ? Faudra-t-il acheter ou louer de l’équipement ?

Répondre à ces questions, quoique nombreuses, est plus facile que de justifier pourquoi des pays continuent de déployer du personnel de maintien de la paix dans des endroits touchés par de graves conflits sans d’abord leur fournir les infrastructures de base dont ils ont besoin.


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​Répondre à ces questions, quoique nombreuses, est plus facile que
de justifier pourquoi des pays continuent de déployer du personnel
de maintien de la paix dans des endroits touchés par de graves conflits
sans d’abord leur fournir les infrastructures de base dont ils ont besoin.

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À propos de l’auteur

Andrew Reese travaille au bureau de l’UNOPS à New York, où il est responsable de développer et de renforcer les relations de l’organisation avec le Secrétariat de l’ONU ainsi que les activités de l'UNOPS ​dans le domaine de la paix et de la sécurité. Il a auparavant géré d’importants portefeuilles de programmes pour le compte de l’UNOPS et du Département des Nations Unies pour les opérations de maintien de la paix à Chypre, en Iraq, en Jordanie, au Liban, en Libye, à l’État de Palestine et en Somalie. De plus, en collaboration avec ce département et l’Union européenne, il a soutenu le renforcement des capacités de la Division de la paix et de la sécurité de l’Union africaine.


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