UNOPS

30/07/2015

Les 20 ans de l’UNOPS : le Népal, exempt de mines

Tout au long de l'année 2015, l'UNOPS célèbre quelques-unes de ses principales réalisations, notamment un projet de déminage mis en œuvre au Népal à partir de 2006, à la suite de la guerre civile qui a laissé le pays truffé de mines terrestres.

En 2006, la guerre civile qui a pris fin au Népal a laissé le pays truffé de mines terrestres, de restes explosifs de guerre et de dispositifs explosifs improvisés. Le conflit, qui a opposé durant une dizaine d’années le gouvernement du Népal à des rebelles communistes, a ravagé le pays, coûtant la vie à environ 15 000 personnes et forçant entre 100 000 et 150 000 individus à fuir.

L'Accord de paix global, signé en novembre 2006, a permis de mettre fin à l'une des guerres les plus dévastatrices qu'a connues le pays. Dans le cadre de cet accord, les deux parties ont convenu qu'il était nécessaire de prendre des mesures pour la gestion des armes, notamment l'élimination des mines disséminées par l'armée népalaise pendant le conflit.

Durant ces dix années de combats, 12 070 mines ont été plantées dans 53 champs de mines. Toutefois, l'armée népalaise ne possédait pas les équipements ou les compétences nécessaires pour retirer en toute sécurité une quantité aussi importante de mines.

Elle a donc fait appel aux Nations Unies. Il a alors été décidé que le Service de la lutte antimines des Nations Unies (SLAM), en partenariat avec l'UNOPS, serait responsable de la formation, du soutien technique et de la gestion financière du projet national de déminage.

La première mine a été enlevée sept mois seulement après la signature de l'Accord de paix global. Richard Derieux était membre de l'équipe du SLAM responsable de la supervision de l'ensemble du projet. Il se souvient des débuts de sa mise en œuvre :

« Dans le cadre des deux premières années, nous avons embauché un contractant spécialisé afin de fournir une formation de base à l'armée népalaise. Au cours du projet, nous avons proposé au gouvernement du Népal un programme de renforcement des capacités afin que le pays ait les compétences pour effectuer le retrait des mines.

« Nous avons mis en œuvre le plan avec prudence, une étape après l'autre et, en juin 2011, la dernière mine a été officiellement détruite. La durée prévue du projet était de cinq ans, nous avons donc fini bien avant l'échéance fixée. Nous n'avons eu qu'un seul accident en trois ans, ce qui est bien peu compte tenu des risques liés au travail effectué. »

Le 14 juin 2011, le Népal a été déclaré exempt de mines. Photo : SLAM/UNOPS

Le processus de déminage

Indra B. Bhat a rejoint l'armée népalaise en 1994 en tant que cadet. Après avoir gravi les échelons, il s'est spécialisé dans les explosifs militaires. Il a participé à la création de six des 53 champs de mines mis en place durant la guerre. Peu après la signature de l'Accord de paix global, Indra a pris part au processus de déminage, ce dont il est très fier. Il explique en quoi consistaient la formation des démineurs et le processus de déminage :

Indra B. Bhat, dans le cadre de son travail au Népal. Photo : SLAM/UNOPS

« Les démineurs sont formés à l'aide de mines d'exercice non explosives. Après avoir suivi avec succès la formation, ils poursuivent leur entraînement dans de véritables champs de mines, sous stricte supervision et sous la direction de démineurs expérimentés.

« Nous utilisons des détecteurs de métaux et des outils spéciaux afin de trouver les mines terrestres. À l'intérieur du champ de mines, nous avons recours à un système de marquage permettant de distinguer les zones sécurisées des zones dangereuses. Les démineurs commencent à travailler dans une zone sécurisée. Lorsqu'ils détectent un signal, ils poursuivent leurs recherches à l'aide d'outils tels qu'une truelle ou des cisailles. Ils doivent considérer chaque détection de métaux comme étant une mine. Toutes les mines trouvées sont détruites à la fin de la journée.

« Tous les démineurs portent un équipement de protection individuelle. Ils doivent faire une pause toutes les 50 minutes et ne peuvent travailler plus de six heures par jour. C'est un travail très lent et très fatigant, en particulier lorsqu'il fait chaud. C'est également un travail très stressant, car la moindre erreur peut engendrer des blessures ou causer la mort. »

Indra, accompagné de son superviseur, porte son équipement de protection individuelle. Photo : SLAM/UNOPS

L'utilisation d'un détecteur de métaux dans une zone d'essai au Népal. Photo : SLAM/UNOPS

Exercice de retrait d'un fil-piège. Photo : SLAM/UNOPS

Le Népal après le déminage

En trois ans, l'armée népalaise a déminé plus de 200 000 mètres carrés de champs de mines, permettant aux communautés locales d'accéder de nouveau à plus de 5 300 000 mètres carrés de terre. Pour Richard, la véritable récompense consiste à voir les gens reprendre le cours de leur vie :

« De nombreuses mines ont été plantées sur des terres agricoles, explique-t-il. Dès lors que les mines avaient été retirées et que le chef de la communauté recevait le certificat confirmant que la zone était sécurisée, nous avons pu observer que les habitants reprenaient directement la culture de leurs terres. C'était une grande satisfaction de voir les gens reprendre leur vie quotidienne. Cela fait partie de notre travail, mais c'est très gratifiant. »

L'importance de confier des responsabilités

Prabin Bahadur Khadka a rejoint l'armée népalaise en 1995. À la suite de la signature de l'Accord de paix global, il a été nommé chef des opérations de déminage, en plus d'agir en tant qu'agent de coordination et de liaison pour le SLAM. Il a rejoint le SLAM en tant que civil en 2010 et l'a quitté en 2014 afin de commencer un doctorat en économie politique à l'université de New York.  Il explique l'importance de confier des responsabilités à la population népalaise :

 « Il s'agissait probablement de l'élément le plus important, car cela permettait aux Népalais de s'approprier le projet. Ils avaient le sentiment de participer à la prise de décisions, en particulier sur le choix des endroits à déminer en priorité.

« L'armée népalaise est une organisation professionnelle, mais dont les ressources sont limitées, et le Népal n'est pas signataire de la Convention d'Ottawa interdisant l'emploi de mines antipersonnel, ce qui signifie que le pays n'a pas l'obligation légale d'enlever les mines. Si le SLAM et l'UNOPS n'avaient pas mené ce projet, notamment en fournissant les ressources nécessaires au déminage, l'armée n'aurait jamais entrepris ce travail d'elle-même. »

Et Indra de confirmer : « Nous n'aurions pas pu réussir cette mission sans le SLAM et l'UNOPS. Au moment de la signature de l'Accord de paix global, il était clair que nous avions la main-d'œuvre pour faire face à ce défi, mais nous n'avions pas l'entraînement, l'équipement ou les capacités financières et techniques pour réussir à retirer en toute sécurité toutes les mines présentes au Népal.

« Mes collègues et moi sommes très fiers d'avoir fait partie de ce projet visant à rendre notre pays plus sûr. C'est un grand plaisir de voir les résultats du déminage. Les terres qui étaient auparavant à éviter sont désormais utilisées pour l'agriculture et la construction de maisons. Les habitants vivent à nouveau sans crainte, et c'est le plus important. »

Les membres de l'armée népalaise aujourd'hui

Aujourd'hui, Indra travaille avec le SLAM au Soudan en tant que responsable de l'assurance de la qualité des opérations. Il estime que le projet de déminage au Népal a eu un effet important dans la mesure où de nombreuses personnes qui ont participé à ce projet travaillent toujours dans le cadre de missions de déminage à différents endroits du monde.

« Une unité de l'armée népalaise travaille actuellement au Mali afin d'aider à retirer les mines et les explosifs présents dans le pays. Ils sont plus de 100 personnes à utiliser les compétences et l'expertise acquises lors du projet de déminage au Népal. Je pense que nous pouvons être très fiers de cet accomplissement. »

 Photo : Équipe de lutte antimines des Nations Unies