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Comment améliorer la lutte antimines grâce aux données ?

Les données offrent une lecture complexe d’un type d’ennemi qui ne fait aucune distinction : les mines et autres engins explosifs. Désormais, des innovations technologiques nous aident à mieux les comprendre.

  • Photographie : ©UNMAS
Qu’est-ce que la lutte antimines ?

La lutte antimines ne consiste pas qu’à retirer et éliminer des mines terrestres et d’autres restes explosifs de guerre. Elle consiste également à sensibiliser les communautés aux risques posés par les mines, à aider les victimes de mines et d’autres explosifs, à plaider en faveur de restrictions et d’interdictions à l’égard de l’utilisation des mines terrestres ainsi qu’à détruire les stocks de mines et d’autres engins explosifs.

Presque une fois par heure, des mines ou d’autres restes explosifs de guerre font une nouvelle victime, dans environ 80 pour cent des cas au sein de la population civile. Aujourd’hui, on estime qu’il y a plus de 100 millions de mines terrestres actives réparties dans plus de 55 pays. Au Cambodge, la plupart des champs de mines se situent dans des régions rurales et la majorité des accidents surviennent au cours du travail des terres agricoles ou d’autres activités contribuant au développement local. Des données exactes peuvent aider à éviter nombre de ces incidents.

En effet, elles permettent de délimiter les zones qui sont sûres et celles qui ne le sont pas. Elles fournissent des informations relatives au terrain, aux chantiers de déminage ou à la sensibilisation aux risques, notamment concernant les destinataires de cette sensibilisation, les endroits où elle se déroule et les méthodes employées. Les données peuvent sauver des vies, non seulement en indiquant les zones minées, mais également parce que la lutte antimines peut améliorer de nombreux aspects de la vie locale. Par exemple, grâce aux données, il est possible de tracer des itinéraires sûrs pour l’acheminement de l’aide essentielle. En facilitant le signalement des terres agricoles déminées ou encore des écoles ou hôpitaux accessibles à pied en toute sécurité, les données contribuent également à réduire le nombre d’accidents.

Plus la quantité de données est élevée, plus la situation est claire, et meilleure est l’intervention. Cependant, bien que la gestion des informations fasse partie intégrante de la lutte antimines depuis longtemps, le processus de collecte, d’analyse et de diffusion des données a toujours comporté des défis. L’accès insuffisant, voire inexistant, à Internet sur le terrain, la saisie manuelle des données, les différences de systèmes entre les régions et le manque d’outils de collaboration limitent l’efficacité de ce processus.

Toutefois, une nouvelle approche vient changer la donne.

Des processus informatisés de collecte et d’analyse de données sont en train de combler le vaste écart qui séparait autrefois les idées et leur mise en œuvre. »

La technologie est enfin au rendez-vous, ce qui soulève des questions importantes : comment utiliser ces nouveaux outils de gestion des informations pour améliorer les résultats en matière de lutte antimines ? Et quels processus adapter afin de faire non seulement différemment, mais mieux ? 

Pour répondre à ces questions, le Groupe thématique de la paix et de la sécurité de l’UNOPS a collaboré avec le Centre international de déminage humanitaire de Genève et le Service de la lutte antimines des Nations Unies dans le but de passer en revue les derniers outils et techniques ainsi que leurs avantages potentiels pour les programmes de lutte antimines sur le terrain. Cette collaboration a mené à la création d’un système mondial de gestion des informations ainsi qu’à un changement fondamental de la façon de collecter, d’analyser et d’utiliser les données.

Faire le lien entre le local et l’international

La connaissance du contexte est cruciale. En Somalie, par exemple, le Service de la lutte antimines des Nations Unies reçoit et traite 150 rapports par semaine sur la sensibilisation aux risques. Par le passé, ces rapports étaient transmis par courrier électronique et les données validées manuellement, moyennant 75 heures de travail par semaine. Grâce à l’introduction de processus informatisés et de règles de validation automatisées, ce temps de travail a été divisé par trois. Cette économie de 50 heures hebdomadaires peut être mise à profit pour soutenir le programme non plus en saisissant des données, mais en les exploitant. Par exemple, les données permettent d’améliorer de nombreux aspects de la lutte antimines, notamment la formation des troupes de la Mission de l’Union africaine en Somalie, la détection d’engins explosifs, les évaluations de la sécurité de villages et d’itinéraires d’approvisionnement, la sensibilisation aux risques ou encore l’inspection de véhicules, de bagages et de bâtiments à l’aide de chiens détecteurs d’explosifs.

Les données ne servent pas seulement à améliorer l’efficacité des activités.

À partir de données normalisées, nous pouvons concevoir des outils pour visualiser et comparer des programmes mis en œuvre dans le monde entier. En combinant ces résultats à des processus adaptés à chaque intervention, on obtient un système suffisamment polyvalent pour prendre en compte des données à l’échelle mondiale et mieux répondre aux besoins spécifiques de chaque pays. Cela donne une vue d’ensemble qui permet d’ajuster les activités en conséquence.

L’analyse de données historiques peut aider à repérer et à anticiper les tendances, par exemple concernant l’évolution des engins explosifs et les lieux où ils risquent de se trouver. Cette faculté d’anticipation est essentielle dans un secteur où les nouvelles menaces émergent rapidement et peuvent tuer tout aussi vite. »

Par ailleurs, les données provenant de Somalie peuvent être complétées par des informations relatives à d’autres pays, comme le Soudan du Sud ou le Nigéria, afin de tirer parti des leçons et des réflexions tirées de contextes différents. En utilisant des mécanismes de suivi et d’évaluation, nous pouvons mieux comprendre pourquoi les choses sont ainsi et nous poser les bonnes questions. Par exemple, les tâches prioritaires sont-elles pertinentes compte tenu de nos objectifs ? Une approche régionale pourrait-elle être plus efficace qu’une approche nationale ? Quelles activités les donateurs doivent-ils financer pour obtenir les meilleurs résultats possibles ?

Ce nouveau système permet de traiter plus rapidement un grand nombre de données utiles qui fournissent au Service de la lutte antimines des Nations Unies les moyens d’agir et de s’adapter plus rapidement que jamais. Cela nous rapproche de notre principal objectif : la sécurité des communautés et un monde libéré de la menace des mines.


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