The United Nations Office for Project Services (UNOPS)
Promouvoir la transition énergétique grâce à l’évaluation des politiques
À mesure que la transition énergétique mondiale s’accélère, sa réussite dépendra de la capacité des pays à démontrer que leurs politiques produisent des résultats mesurables. Accélérer cette transition exige des choix stratégiques fondés sur des données fiables.
Les énergies renouvelables sont essentielles à cette transformation. Pour exploiter pleinement leur potentiel, il faut des politiques qui peuvent être évaluées, renforcées et améliorées au fil du temps.
Les évaluations rigoureuses de politiques permettent aux gouvernements de déterminer si ces politiques réduisent effectivement les émissions de gaz à effet de serre, font progresser le développement durable et aident les pays à mettre en œuvre leurs engagements au titre de l’Accord de Paris. Ces évaluations aident également les responsables politiques à détecter des obstacles à la mise en œuvre, à améliorer la conception des politiques et à susciter la crédibilité dont ont besoin les investisseurs, les partenaires du développement, et les citoyennes et citoyens.
Une occasion à saisir
La situation pourrait difficilement être plus urgente. Le secteur de l’énergie est à l’origine de près des trois quarts des émissions de gaz à effet de serre, contribuant plus que tout autre secteur aux changements climatiques. Sans changement profond de la manière dont l’énergie est produite et consommée, les objectifs mondiaux de l’Accord de Paris ne seront pas atteints.
Par chance, les énergies renouvelables offrent une voie possible pour aller de l’avant. Dans de nombreux marchés, les systèmes de production d’énergies solaire et éolienne sont désormais les sources les plus rentables de nouvelle production d’électricité. Pourtant, l’introduction de ces technologies dans le système énergétique à grande échelle ne se fera pas seule. Les pays ont besoin de politiques crédibles et bien conçues qui créent des incitations, assurent une stabilité sur le plan réglementaire et établissent les conditions d’investissement nécessaires pour accélérer le déploiement de ces technologies.
Des évaluations peuvent être réalisées avant la mise en œuvre afin d’estimer les effets probables d’une politique, pendant la mise en œuvre pour suivre les évolutions, et après la mise en œuvre pour évaluer les résultats et guider les décisions politiques futures. Dans l’idéal, ces trois phases doivent être imbriquées pour constituer un processus continu d’apprentissage, de renforcement et d’amélioration des politiques.
Ce processus est au cœur de l’Accord de Paris, selon lequel les pays sont tenus de soumettre des contributions déterminées au niveau national, nouvelles ou actualisées, tous les cinq ans. Ces plans d’action nationaux pour le climat doivent traduire une progression vers des ambitions de plus en plus élevées au fil du temps. Pour mettre en œuvre des contributions déterminées au niveau national de plus en plus ambitieuses, les pays ont besoin de données fiables indiquant ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, et les domaines dans lesquels les politiques doivent être recalibrées et renforcées.
Toutefois, des ambitions plus élevées exigent en outre une hausse de l’investissement. L’évaluation des politiques peut contribuer à susciter la confiance dont ont de plus en plus besoin les investisseurs et les sources de financement pour engager des fonds au profit de la transition énergétique.
Susciter la confiance au profit de l’investissement
Pour les investisseurs, la solidité du cadre réglementaire est l’un des principaux facteurs entrant en ligne de compte lors de la prise de décisions d’investissement dans les énergies renouvelables. Démontrer que les politiques relatives aux énergies renouvelables produisent des résultats mesurables et évalués de manière indépendante peut renforcer la confiance des investisseurs et réduire les risques perçus.
Du point de vue des prestataires de services publics et d’autres parties prenantes nationales, les évaluations de politiques peuvent contenir des données qui guideront les décisions de mise en œuvre, mettre en lumière des obstacles et établir un environnement plus propice à l’adoption des énergies renouvelables.
Du point de vue des banques multilatérales de développement et des institutions de financement du développement, les évaluations de politiques peuvent démontrer les effets escomptés et les effets réels d’une politique donnée, contribuant ainsi à guider les décisions en matière d’investissement et de financement.
Du point de vue des ministères des finances, des évaluations rigoureuses de politiques peuvent fournir des preuves fiables que les ressources publiques et le financement de la lutte contre les changements climatiques produisent des résultats concrets, renforçant ainsi les arguments en faveur de l’allocation de ressources publiques limitées en parallèle de la mobilisation de capitaux privés supplémentaires.
Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure une priorité de la lutte contre les changements climatiques à l’échelle mondiale, les politiques relatives aux énergies renouvelables génèrent par ailleurs des avantages économiques, sociaux et environnementaux plus larges. Elles peuvent ainsi stimuler la croissance économique, créer des emplois, améliorer la qualité de l’air et la santé publique, renforcer la sécurité énergétique et favoriser le développement durable.
Les évaluations de politiques peuvent également aider à recenser des obstacles à une transition juste, par exemple lorsque les politiques touchent des secteurs ou communautés en particulier. En surveillant les effets de politiques sur les moyens de subsistance, les mesures de protection sociale et les possibilités de travail décent, les gouvernements peuvent s’assurer que personne n’est laissé pour compte dans la transition vers la réduction à zéro des émissions nettes.
En évaluant ces effets de manière plus large, les gouvernements peuvent maximiser les avantages en matière de développement, gérer les compromis et s’assurer que la transition énergétique demeure équitable et inclusive. Ce faisant, ils montrent de quelle manière les politiques relatives aux énergies renouvelables contribuent non seulement à la réalisation d’objectifs climatiques nationaux, mais également à des priorités nationales de développement plus globales et aux Objectifs de développement durable.
Les données factuelles dans la pratique
En réponse à ce besoin, l’Initiative pour la transparence de l’action climatique (ICAT) fournit aux pays des conseils méthodologiques en vue de l’évaluation des effets de politiques. Son guide méthodologique sur les énergies renouvelables offre ainsi aux gouvernements un cadre complet pour évaluer les effets de politiques relatives aux énergies renouvelables sur les émissions de gaz à effet de serre, tandis que son guide méthodologique sur le développement durable permet aux pays de mesurer les effets économiques, sociaux et environnementaux plus larges.
Le guide méthodologique sur les énergies renouvelables a été mis à jour en 2026 pour améliorer l’expérience d’utilisation et élargir la gamme de politiques couvertes. Il couvre désormais cinq types de politiques : les tarifs de rachat, les enchères, les incitations fiscales, le comptage net, et l’intégration d’énergies renouvelables variables à l’aide de politiques de stockage d’énergie par batterie raccordé au réseau. Ce guide méthodologique fait partie d’une série de dix guides visant à aider les pays à évaluer les effets des politiques et mesures de lutte contre les changements climatiques.
Plusieurs pays ont utilisé ces guides méthodologiques. En Afrique, la Namibie a récemment mis en lumière l’intérêt de cette approche fondée sur des données factuelles. Une évaluation guidée par l’Initiative pour la transparence de l’action climatique a révélé que le programme d’achat d’énergie renouvelable de la Namibie pourrait réduire les émissions de jusqu’à 3,9 millions de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone d’ici 2030, et dans le même temps créer plus de 5000 emplois, porter l’électrification à 89 pour cent et attirer plus de neuf milliards de dollars namibiens (549 millions de dollars des États-Unis) d’investissement en faveur des énergies renouvelables.
En particulier, l’évaluation a fait ressortir des obstacles essentiels à la mise en œuvre, notamment des limites liées aux infrastructures de réseau et des contraintes liées au financement. Plutôt que de saper la confiance à l’égard de la politique générale, les conclusions de l’évaluation ont fourni aux responsables un plan d’action concret pour la renforcer, notamment au moyen d’opérations de modernisation du réseau, de meilleurs mécanismes de financement et de systèmes de suivi plus complets.
L’expérience de la Namibie montre qu’en plus de mesurer les résultats positifs, l’évaluation des politiques est également utile pour détecter les risques et définir des mesures correctrices avant que les objectifs deviennent hors d’atteinte.
Des enseignements similaires émergent partout ailleurs en Afrique. Le Zimbabwe a ainsi évalué les dimensions climatiques, économiques et sociales de politiques relatives aux énergies renouvelables, permettant aux responsables politiques de renforcer la mise en œuvre de ces politiques et d’en maximiser les avantages.
En Eswatini, le guide méthodologique sur les énergies renouvelables de l’Initiative pour la transparence de l’action climatique a permis de recenser des possibilités de réduction des émissions et guidé l’actualisation de la contribution déterminée au niveau national du pays. Ce guide a également contribué à renforcer les arguments en faveur d’une politique nationale relative à la bioénergie, qui a été récemment adoptée.
La voie à suivre
Bien que les circonstances nationales diffèrent, le message est extrêmement cohérent : les pays qui mesurent de façon systématique les effets des politiques prennent de meilleures décisions politiques.
Pour l’avenir, un enseignement ressort de façon claire. Les ambitions climatiques seules ne suffiront pas pour mener à bien la transition énergétique. Des données fiables, des évaluations transparentes et un apprentissage continu sont nécessaires pour transformer les ambitions en mesures efficaces.
Les pays qui seront à l’avant-garde des nouvelles mesures de lutte contre les changements climatiques ne seront pas nécessairement ceux qui annoncent les politiques les plus ambitieuses en matière d’énergies renouvelables. Ces pays seront ceux qui auront établi des politiques rigoureuses, fondées sur des données factuelles, faisant l’objet d’un suivi pendant leur mise en œuvre et améliorées en continu en fonction des données factuelles.
L’évaluation des politiques n’est donc plus uniquement un exercice technique. Il s’agit d’un déterminant essentiel de la transition énergétique, qui sous-tend des politiques climatiques efficaces et crédibles pour la bonne mise en œuvre de l’Accord de Paris et la transition vers un avenir sobre en carbone.
Henning Wuester
Henning Wuester est le directeur de l’Initiative pour la transparence de l’action climatique (ICAT), chargé de déterminer son orientation stratégique, de gérer son secrétariat et de la représenter publiquement. Il possède une expérience dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques et des politiques de développement durable.
Avant de rejoindre l’ICAT, Henning Wuester a supervisé des travaux en matière de connaissances, de politiques et de finances à l’Agence internationale pour les énergies renouvelables et a occupé le poste de gestionnaire principal du secrétariat intérimaire du Fonds vert pour le climat. Il a également occupé des postes clés au sein du système des Nations Unies, notamment celui de conseiller spécial auprès du Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ainsi que divers rôles à la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Munich, où il a commencé sa carrière en tant que professeur adjoint.