The United Nations Office for Project Services (UNOPS)
« Redonner un sentiment de dignité, d’apaisement et de connexion humaine » : entretien avec une membre du personnel de l’UNOPS au Liban
Entre déplacement contraint et détermination à soutenir les communautés, Diana El Kojok, qui travaille pour l’UNOPS au Liban, raconte comment elle et son équipe traversent les graves conséquences du récent conflit et viennent en aide aux personnes dans le besoin dans les zones les plus lourdement touchées.
Le récent conflit au Liban a profondément bouleversé la vie de la population ainsi que celle du personnel dévoué de l’UNOPS.
Dans cet entretien, Diana El Kojok évoque les répercussions personnelles de cette situation et ce qui est nécessaire pour poursuivre et soutenir le travail crucial de l’UNOPS.
Derrière chaque projet de l’UNOPS au Liban, il y a une équipe qui vit actuellement une réalité complexe et instable. Sur le plan personnel, comment la situation actuelle au Liban influe-t-elle sur votre quotidien et celui des membres de votre équipe ?
Le conflit a bouleversé ma vie personnelle et ma vie professionnelle. Quelques jours après le début du conflit, j’ai dû quitter ma maison pour m’installer dans une zone plus sûre. Une partie de mes collègues ont dû faire de même.
Nos routines quotidiennes ne sont plus prévisibles parce que la sécurité, l’accès aux services de base et le bien-être de nos proches sont des préoccupations permanentes. Des choses simples comme se déplacer pour se rendre au travail, maintenir une communication stable ou même garder sa concentration pendant de longues périodes sont devenues plus difficiles. »
Sur le plan professionnel, la situation exerce une pression supplémentaire sur toute l’équipe, mais la tension émotionnelle que nous vivons a renforcé notre solidarité. Nous avons gagné en compréhension, en adaptabilité et en soutien à l’égard de chacun et chacune. Malgré les difficultés actuelles, les membres de l’équipe ont un sens du devoir qui les pousse à continuer leur travail, en reconnaissant l’importance de leur mission tout en donnant la priorité à l’empathie et au soutien mutuel.
Pouvez-vous décrire de quelle manière la portée de vos activités a évolué afin de répondre aux besoins immédiats et changeants de la population sous l’effet de cette crise ?
Depuis que la crise s’est intensifiée, notre travail a changé pour répondre aux besoins urgents de la population, en donnant la priorité à l’obtention rapide de résultats. Nous avons dû devenir plus souples dans la mise en œuvre, en ajustant des délais ou des livrables ainsi qu’en réaffectant des ressources.
Par exemple, dans le cadre du projet de reconstruction municipale durable et intégrée, mis en œuvre par l’UNOPS et financé par le gouvernement de l’Allemagne par l’entremise de la Banque allemande de développement, nous avons amélioré des infrastructures municipales pour répondre aux besoins de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Pour y parvenir, nous avons mis l’accent sur la réhabilitation de rues et de certains services, notamment l’alimentation en eau et en électricité ainsi que la gestion des déchets, en particulier dans des zones accueillant un grand nombre de personnes déplacées.
Des engins lourds qui avaient été achetés pour renforcer les capacités municipales, comme des tours d’éclairage mobiles, des camions à benne, des camions-citernes et des chariots élévateurs à fourche, sont désormais utilisés dans le cadre d’activités d’aide d’urgence.
Au-delà des infrastructures physiques, l’UNOPS accorde la priorité au soutien psychosocial avec neuf partenaires de mise en œuvre en fournissant une aide sous forme de subventions. Grâce à ce partenariat, nous avons créé des environnements chaleureux et accueillants où les enfants peuvent s’exprimer librement, renouer avec d’autres enfants et retrouver le plaisir simple de jouer ensemble.
En outre, nous avons réaffecté des fonds pour fournir des articles d’urgence essentiels, notamment des articles liés aux services d’alimentation en eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que des fournitures telles que des articles non alimentaires, des couvertures, des matelas et des lampes solaires rechargeables. Cette approche agile, coordonnée en étroite collaboration avec nos partenaires, nous aide à rester à l’écoute de l’évolution des besoins sur le terrain.
Dans le contexte actuel au Liban, quelles stratégies spécifiques ou solutions « de terrain » votre équipe a-t-elle mises en œuvre pour garantir la poursuite des projets malgré les obstacles en matière de logistique et de sécurité ?
Compte tenu du contexte actuel au Liban, notre équipe met tout en œuvre pour continuer de faire avancer nos projets. Nous nous appuyons sur nos partenaires locaux et un solide réseau de communautés pour gérer les questions d’accès ou de sécurité.
Nous avons diversifié de manière proactive notre réseau de fournisseurs afin de réduire la dépendance en cas de perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. En outre, en raison de l’incertitude de la situation, nous avons décidé d’adopter une approche de planification adaptative utilisant des cycles courts qui peuvent nous aider à avancer par petites étapes et à envisager des scénarios d’urgence possibles. La coordination à distance nous a permis de maintenir le suivi des lieux de travail lorsque les protocoles de protection du personnel sont appliqués et que l’accès à ces lieux est limité.
Les bénéficiaires sont au centre des projets mis en œuvre par l’UNOPS. Comment la population locale a-t-elle réagi à ces activités, et y a-t-il un moment ou une situation qui illustre particulièrement l’importance de ce travail à l’heure actuelle ?
La population libanaise nous témoigne un soutien incroyable. Les communautés sont très mobilisées et apprécient grandement nos projets, en particulier du fait que les services fournis dans le cadre du projet de reconstruction municipale durable et intégrée concernent directement leur quotidien.
Plusieurs moments m’ont rappelé pourquoi notre travail est important. Le plus récent a peut-être été l’ouverture du jardin de Bourj Hammoud par l’UNOPS. Cela m’a marqué de voir des membres de la population locale s’approprier l’espace aux côtés de personnes déplacées.
Voir les enfants jouer et les gens nouer des liens, malgré tout ce qui se passe autour, c’était touchant. Ce moment m’a montré que quelque chose de simple peut redonner un sentiment de dignité, d’apaisement et de connexion humaine. »
Dans un contexte qui semble de plus en plus imprévisible, quel message aimeriez-vous adresser à nos partenaires et au peuple libanais ?
Malgré toute l’incertitude, l’engagement de l’UNOPS reste intact. Ce que nous avons réussi à faire par le passé, nous continuerons à le faire. Nous continuerons de soutenir les communautés et nos partenaires, en nous adaptant aux défis sur le terrain pour veiller à ce que les services essentiels et l’aide parviennent jusqu’aux personnes qui en ont le plus besoin.
Diana El Kojok
Diana El Kojok est ingénieure en matière de santé et de sécurité ainsi que de gestion sociale et environnementale à l’UNOPS au Liban. Depuis son arrivée en 2022, elle travaille sur la mise en œuvre et le suivi des normes de santé et de sécurité ainsi que de gestion sociale et environnementale dans plusieurs projets. Motivée par son engagement en faveur de l’atténuation des risques et du respect des normes, Diana contribue à garantir que les environnements de travail sont sûrs, efficaces et respectueux de l’environnement.